Construire des communs/Communs

Construire des communs
Sommaire

Qu’est ce qu’un « commun »

Les biens communs (ou “communs”) sont des ressources gérées collectivement par une communauté selon une forme de gouvernance définie par elle-même.

« Par Biens Communs, nous entendons plusieurs choses : il s’agit d’abord de ressources que nous voulons partager et promouvoir, que celles-ci soient naturelles – une forêt, une rivière, la biosphère -, matérielles – une machine-outil, une imprimante – ou immatérielle – une connaissance, un logiciel, l’ADN d’une plante ou d’un animal –. Il s’agit aussi des formes de gouvernance associées à ces ressources, qui vont permettre leur partage, le cas échéant leur circulation, leur valorisation sans destruction, leur protection contre ceux qui pourraient atteindre à leur intégrité. Les Biens Communs sont donc à la fois une approche alternative de la gestion de biens et de services, qui bouscule le modèle économique dominant basé sur la propriété, et un imaginaire politique renouvelé. » Association VECAM[1]

Qu'est ce que les communs ?

« Il n’y a pas de commun sans « commoners ». (…) Il n’y a pas de commun sans agir en commun. » New to the Commons ?, David Bollier

Ainsi, une ressource n’est pas commune par essence et de manière fixe. La qualité de « commun » résulte des pratiques qui environnent une ressource. Cette qualité peut-être gagnée ou perdue selon l’évolution.

« Le sens actuel du commun se distingue des nombreux usages passés de cette notion, qu’ils soient philosophiques, juridiques ou théologiques : bien suprême de la cité, universalité d’essence, propriété inhérente à certaines choses, quand ce n’est pas la fin poursuivie par la création divine. Mais il est un autre fil qui rattache le commun, non à l’essence des hommes ou à la nature des choses, mais à l’activité des hommes eux-mêmes : seule une pratique de mise en commun peut décider de ce qui est « commun », réserver certaines choses à l’usage commun, produire les règles capables d’obliger les hommes. » Commun. Essai sur la révolution du XXIème siècle, Pierre Dardot et Christian Laval

En savoir plus

Des articles sur le sujet :

Des exemples

Le World Wide Web : Le 30 avril 1993, le CERN a mis le logiciel du World Wide Web dans le domaine public. Puis il a émis la version suivante de l’application sous licence libre afin d’accélérer sa diffusion. En donnant libre accès au logiciel nécessaire pour faire fonctionner un serveur web, ainsi qu’au navigateur et à la bibliothèque de codes associés, il a permis à la Toile de se tisser.

L’histoire de Sesamath : http://fr.flossmanuals.net/sesamath-mode-demploi/histoire-de-sesamath/

10 dans d’OpenStreetMap : https://www.youtube.com/watch?v=7sC83j6vzjo

Les communs et l’économie contributive

Les communs s’inscrivent dans une économie dite « contributive ».

Articles à ce sujet :

Vidéos :

Les communs et l’intelligence collective

Les « Communs » sont aujourd’hui en pleine renaissance grâce aux nouvelles approches de l’intelligence collective.

Voir à ce sujet ce qu’explique Jean François Noubel : https://www.youtube.com/watch?v=q8jgFrBkhFM&feature=youtu.be&list=PLMgJ9UQjGoTEaGSAjrJqwiLYkqeuSdboZ

Pourquoi leur renaissance en ce moment

Valérie Peugeot y voit deux grandes raisons

« La première est à chercher du côté du numérique, qui facilite la circulation des savoirs et des connaissances, qui deviennent donc des candidats naturels aux logiques de partage. C’est ce qui s’explique l’explosion du nombre de communautés de partage de savoirs en ligne. Pensez à Wikipédia ou au logiciel libre : il n’est plus nécessaire de pouvoir se rencontrer physiquement pour former une communauté. Par ailleurs, internet et le web ont été dès le début conçus autour de protocoles ouverts, avec une gouvernance structurée autour d’instances qui ne relèvent ni du privé, ni du public. Ils sont donc de facto devenus des communs universels, pouvant et devant bénéficier à une communauté élargie : l’humanité.

La deuxième raison réside dans la période politique particulière que nous traversons. Depuis la chute du Mur de Berlin, les mouvements cherchant à construire des alternatives sont orphelins de grands récits collectifs. Or, le modèle dominant montre chaque jour ses limites : il est incapable de répondre aux enjeux de transition écologique, de montée des inégalités ou de crises migratoires, pour ne citer que ces exemples ! [2]

Pourquoi des communs ?

Justifications portées (repris depuis la présentation de Frédéric Sultan) :  le vivant, l’enjeu du désir (Stiegler), la performance économique et / ou écologique, les droits humains, les droits de la nature,, etc…

Vu du coté de l’enjeu social 

Problématique bien décrite de l’enjeu des communs par Majid Rahnema dans la puissance des pauvres : http://pix.toile-libre.org/upload/original/1452245393.jpg  : 

  • Il faut faire l’effort de concevoir l’existence d’un tiers domaine, ni public, ni privé, dans lequel le plus pauvre trouvait de quoi se débrouiller pour joindre les deux bouts 
  • La protection du plus faible, qui est encore de règle dans la plupart des sociétés pauvres, n’a rien à voir avec ce que nous appelons de nos jours, l’assistance publique. A bien des égards, elle en serait même opposé, car elle suppose l’existence de domaines communaux d’autonomie et de gratuite, de lieux de liberté situés au delà de la sphère privés mais distincts des espaces publics
  • Donner accès à tous à une culture (les recette de cuisine, comment jouer un instrument, etc…)
  • Evidence du partage à l’ère du numérique plutôt que dupliquer les travaux.

Les innovations en “communs” seront plus facilement adoptées par la société que celles en logique “privée”. Le fait que personne ne s’enrichisse et que le commun bénéficie à tous facilite l’acceptation de l’innovation. Par exemple, personne ne s’est opposé à wikipedia qui apparaissent pour tous comme une initiative d’utilité sociale, qui de plus est basée sur le don. Ce qui n’est pas le cas pour d’autres initiatives (Uber, Airbnb) qui se font attaquer aussi parce que ce sont de très gros “business” avec de l’argent qui quitte le territoire (contrairement à un commun libre) ou des intiatives qui ne laissent pas la possibilité pour les acteurs historiques de se tranformer. En laissant la main à des acteurs privés pour construire ce qui devrait être des “communs” soutenus par l’Etat, on complique l’innovation et l’on crée des tensions fortes. David Bollier explique cela dans son livre “la renaissance des communs” :

“Les communs sociaux permettent d’éviter la plupart des problèmes éthiques fréquemment associés aux marchés, parce qu’ils encouragent l’engagement personnel et le soutien aux pairs. Les marchés impliquent des relations impersonnelles, à durée déterminée et un échange de valeur sur le principe du donné pour un rendu, avec des frontières très claires entre les individus. Avec les communs nous sommes dans des relations hybrides, des sympathies sociales durables et les dons rapprochent les gens”

Vu du coté de l’enjeu du vivant  

Olivier Frerot : Un monde meurt, celui qui occupe presque tout l’espace publique, politique, médiatique ou financier. Un autre est en train de naître pulsant de créativité et de vitalité, mais quasiment sans ressource. Ces deux mondes sont fondés sur des valeurs antagonistes : la toute-puissance et la toute-maîtrise pour le premier, la relation, la fluidité, la fragilité pour le deuxième. Ils entreront en guerre si nous ne sommes pas lucides sur ce qui nous arrive »

http://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/opinion/2016-02-15/cueillir-ce-nouveau-monde.html

  • Rappel Tim Berners Lee :
    • Le 30 avril 1993, le CERN a mis le logiciel du World Wide Web dans le domaine public. Puis il a émis la version suivante de l’application sous licence libre afin d’accélérer sa diffusion. En donnant libre accès au logiciel nécessaire pour faire fonctionner un serveur web, ainsi qu’au navigateur et à la bibliothèque de codes associés, il a permis à la Toile de se tisser.

Vu de l’enjeu économique

Sans les communs, les places de marché et les infrastructures sont très vite prises par des acteurs économiques qui eux trouvent des financements en logique de capital-risque en concurrence sur un marché mondial qui ne laisse la place qu’à des netarchiques, en particulier dans le monde numérique où la concentration s’accélère du fait de la capacité d’une plateforme à toucher un marché mondial. Ainsi, Amazon a pu investir des milliards avant d’être rentable le temps de construire une infrastructure et une place de marché colossale.

  • Ne pas développer des communs dans ce domaine laisse la place à ceux qui vont s’accaparer les infrastructures ou les places de marché. Quand il y a une masse critique d’utilisateurs importante, il est facile pour un acteur de verrouiller l’accès aux nouveaux acteurs par les logiques de rachat des concurrents, de fermeture des données, de capacités juridiques, et tout simplement par le fait que la mise relation s’opère plus facilement sur un marché où il y a du monde. Avec les capacités d’automatiser ces mises en relation grâce au numérique, cela permet des gains énormes si la place de marché est accaparée par un modèle à but lucratif. Il devient alors très difficile de laisser de la place aux petits, pas seulement pour l’activité de place de marché, mais pour le marché lui-même qui est alors dicté ou contrôlé par l’acteur dominant. Par exemple :
  • Pour s’en sortir, il y a besoin d’un processus inverse. De développer dans des logiques très ouvertes les infrastructures ou les places ce marché pour faire converger le maximum de monde et que cela ne soit pas un coût trop important pour personne. Il faut alors agir à l’oppose des modèles classiques en favorisant l’ouverture, le partage de ce qui est à mettre en commmun. Dès lors, la sortie de modèles marchands peut-être très rapide si il y a une capacité de mise en commun de tous, que ce soit les citoyens contributeurs, les acteurs pubics, et les entreprises qui vont opérer autour du commun. Cela n’empêche d’ailleurs pas aux entreprises de fonctionner autour dans des logiques privées plus classiques. Car toute une économie de service et de produits peut se développer autour des communs, à l’image de l’économie autour du logiciel ou du matériel libre. Bien sûr, c’est une économie qui met plus de temps à s’enclencher puisque très peu d’investissement existent sur les communs, mais une fois les communs matures, toute une économie se met en place, beaucoup plus diversifiée, démocratique, territorialisée et collaborative. Lire à ce sujet l’arrivée à maturité de l’économie autour de l’open source: http://www.journaldunet.com/solutions/expert/63657/l-open-source–enfin-source-de-croissance.shtml
    • Exemple d’Open Food Network : 
      • Permettre à chacun de lancer son système d’achat, son épicerie, etc… Ici l’automatisation et la connaissance n’est pas enfermée. Elle permet à chacun de développer une économie vivante, diverse riche, multiple, ouverte, capacitante… Accessible à tous.
  • Il en est de même, mais à un niveau moins bloquant sur la connaissance autour des innovations sociales et écologiques qui une fois enfermées sous la proprité intellectuelle ne peuvent plus être diffusées et améliorées par toutes les bonnes volontés (que serait internet si les protocoles du web n’étaient pas libres ? Ce serait sans doute ce que propose en ce moment Facebook pour l’Afrique, un internet pensé par Facebook…)

Vu de l’enjeu du désir

  • « Veiller à ce que le bourgeon passe selon son propre rythme à l’état de fleur, sans être agressé de l’extérieur dans le mouvement qui l’amène vers sa propre perfection. » Adage chinois cité par Madjid Rahnema dans son livre « Quand la misère chasse la pauvreté »
  • « Il fallait développer un système de captation de l’attention et de canalisation du désir, de la libido, de ce que Sigmund Freud appelait « l’énergie libidinale » vers les marchandises. Et ce système de captation, il a eu pour effet, d’une part, de faire consommer les gens de plus en plus au risque de détruire une partie des réserves, par exemple, pétrolières, […] mais aussi au risque de provoquer, surtout une destruction de ce qui me paraît être le plus important, à savoir l’énergie libidinale elle-même[…] C’est l’économie libidinale elle-même qui est détruite et pas simplement l’économie matérielle. Et cette destruction affecte tout le monde, y compris ce qu’on appelle les élites. Ça produit ce que déjà Marcuse, en 1954, appelait « un processus de désublimation », mais il faut savoir que la sublimation chez Freud, c’est ce qui produit l’intelligence.C’est le fait de dépasser le stade des simples intérêts calculables pour aller se projeter dans les choses sublimes. Le sublime, c’est l’infini dit Kant. Qu’est-ce que c’est l’infini ? L’Infini, c’est ce qui a une valeur incomparable. On a toujours, vous le savez bien, dans une société besoin d’infinitiser un objet. Bernard Stiegler – http://www.fabriquedesens.net/D-autres-regards-sur-la-crise-avec,220 .