Construire des communs/Gouvernance

Construire des communs
Sommaire

Introduction

Quelle gouvernance pour permettre à tous et chacun de s’approprier le commun ; sans pour autant réduire l’initiative individuelle ?

Description -> L’initiative progresse par décisions horizontales collectives. L’organisation est transparente. L’ensemble des informations du projet (économique, humaine, etc…) est publique. Il y a des informations en ligne, claires et complètes, sur le financement du projet et son état. Les discussions, en particulier stratégiques, se font sur des espaces « ouverts » où chacun peut participer, et elles sont archivées. Il y a affichage des membres et contacts possibles, ainsi que des procédures internes. Des espaces pour remonter et prendre en compte les tensions existent, et un mode de prise de décision a été choisi. Si nécessaire, un glossaire des mots-clés est rédigé, afin d’éviter les malentendus et favoriser une meilleure compréhension

Intérêt -> Une gouvernance bien décrite favorise la confiance et l’inclusion du plus grand nombre. L’enjeu est de réussir à prendre des décisions, sortir du dogmatisme, de l’idéologie, de sortir des intérêt individuels, de réussir à écouter tous les points de vue. Sans processus de décision clair, la prise de décision collective et sa portée restent limitées. La décision est alors souvent prises par quelques personnes, ce qui peut démotiver d’autres contributeurs. Si le processus n’a pas été défini, le projet prend le risque un jour de voir des personnes à la tête de l’initiative ou de nouveaux entrants décider seuls des grands changements de direction.

Exemples -> Utiliser une liste de discussion. Avoir une possibilité de remonter des tensions ou d’améliorer le projet avec un processus pour faire des choix (consentement, vote). Par exemple, toutes les décisions importantes sont discutées chez Wikipédia, avec des modes de décision qui varient selon les choix fait par les groupes de personnes. L’utilisation d’outils comme Loomio pour prendre des décisions peuvent beaucoup aider à cela.

Prendre des décisions ensemble

Faut il tout décider collectivement ?

Il y a différents type de processus de décision sur une échelle de «rapide» à « bien ancré au sein d’une communauté» .

  • Prendre sa propre décision. Décidez soi-même sans en parler à personne (par exemple modifier une page wiki, etc..)
  • Prendre sa propre décision en en parlant avec ceux affectés qui peuvent vous aider avant de la prendre. Cela vous permet d’avoir plusieurs avis et de faire un choix
  • Prendre une décision personnelle avec ceux affectés par la décision en vérifiant si tous ceux affectés sont OK avec la décision avant de la prendre seule.
    • Au sein de grandes entreprises sans hiérarchie, Frédéric Laloux décrit un processus de décision très proche pour faire tenir des organisations en logique non hierarchiques sans sombrer dans la réunionite permanente : https://www.youtube.com/watch?v=NZKqPoQiaDE&feature=youtu.be&t=33m12s . « Toute personne peut prendre n’importe quelle décision dans la boite, y compris des décisions qui coûtent de l’argent, un ouvrier peut acheter une machine qui coûte des centaines de milliers d’euros, pour autant qu’il ait consulté toutes les personnes qui ont une expertise en la matière et pour autant qu’il ait consulté toute les personnes qui seront affectées par la décision. Il doit prendre en compte leur avis, mais il ne doit pas nécessairement l’intégrer en un consensus mou qui plaise à tout le monde, il doit avoir bien réfléchi à tout ce qu’il a entendu et à un moment donné faire une décision qui représente l’intelligence collective des gens qui ont réfléchi à ce sujet. Toute chose qu’une personne sent qu’il faut changer, elle peux le faire, elle ne peux plus se plaindre ».
  • Prendre une décision avec l’accord de tous ceux afféctés par la décision (à l’aide de consentement , avec la majorité des voix comme secours si nous ne pouvons pas parvenir à un consensus ) .

Réflexion sur les prises de décisions en AG ou en conseil d’administration

La prise de décision en assemblée générale ou en CA à un instant t en présentiel est le choix d’une méthode et d’un processus de décision. Comme tout choix, cela n’est pas neutre dans le processus démocratique. D’autres pratiques de décision au sein de collectifs sont possible, accompagnés d’outils qui aident à travailler sur l’information et les décisions, comme Loomio ou les wikis.

Les limites des prises de décisions dans des AG ou CA en présentiel non permanentes semblent être les suivantes :

  • Cela force à prendre des décisions sur l’instant sans réfléchir, sans avoir le temps de voir les autres positionnements et de comprendre les oppositions. Très vite, on en vient à passer à des votes plutôt que de prendre le temps du consentement.
  • On peut avoir peur de se mettre contre une décision dans le direct du moment, par exemple parce que la réunion est déjà trop longue ou que l’on n’a pas la bonne élocution. L’impression du moment donné par un bon argument peut faire complètement changer les avis, ou l’arrivée proche du repas ou de la fin de la réunion
  • Cela force les gens à venir car ils veulent donner leur avis sur une décision, mais dans le même temps, du monde se retrouve à venir donner son avis sur les autres décisions en cours alors que ça ne les concerne pas….
  • Dans le cas de CA ou d’AG restreintes, nous nous coupons de la possible participation des personnes les plus concernées par la décision, de leur avis. Cela amène le risque de prendre des décisions qui ne seront pas applicables ou rejetées par ces derniers, ou de ne pas avoir en tête des solutions alternatives qui pourraient faire consentement. Par ailleurs, il n’est pas possible dans un fonctionnement par CA de participer aux décisions qui nous concernent si l’on n’a pas décidé d’être au CA un ou deux ans plus tôt pour participer à toutes les décisions.

L’utilisation d’outils comme Loomio en complément de ces AG ou CA en direct viennent résoudre certaines de ces problématiques car ils permettent

  • De prendre une décision en différé, puisque le vote peut s’étaler sur plusieurs jours. Cela permet aussi à tout le monde de participer, en particulier ceux absents.
  • De voir les arguments contre et donc d’ajuster la proposition ou de déceler des incompréhensions qui permettent d’atteindre le consensus.
  • De faire participer ceux intéressés par une décision puisqu’il est possible de « découper les décisions » à prendre.
  • De prendre des décisions très régulièrement, sans avoir à attendre les assemblées générales.
  • De prendre le temps de voir des propositions alternatives émerger qui évitent d’être dans la binarité pour ou contre.
  • D’avoir un historique organisé de toutes les décisions prises avec les différents arguments autour

Ce fonctionnement permet d’ouvrir la gouvernance à tous et peut permettre de fonctionner en démocratie directe sans perdre un temps incroyable à discuter et débattre. Ce fonctionnement permet de limiter le besoin en représentants élus à qui donner son pouvoir.

L’outil n’est qu’un moyen. Il est tout à fait possible d’adopter ce type de pratique sans outil numérique. Cela demander un effort supplémentaire pour changer l’habitude culturelle, des outils au design bien conçu permettent de rapidement s’approprier une nouvelle pratique. Pour cela, on peut par exemple au sein d’une communauté lancer des systèmes de vote sur des panneaux afin de vérifier l’approbation à un nouveau choix sur plusieurs jours (voir par exemple : http://dna.crisp.se/assets/HandSignals-MultivotingChart.png). Quelques ressources sur ce sujet sont documentées sur le wiki de NuitDebout

Comment prendre une grande décision avec les signes des mains dans une grande assemblée (sans outil numérique)

Le processus de décision permet d’émettre plusieurs avis :

  • Pour (je suis d’accord – pouce vers le haut)
  • Neutre (pas d’avis – pouce au milieu)
  • Contre (je suis pas d’accord mais je peux vivre avec la décision prise – pouce vers le bas))
  • Blocage (je ne peux pas vivre avec la décision, j’ai une proposition alternative – bras en croix)
  • Pas intéressé par la décision en cours (poing vers l’avant)

Pour les grands regroupements, un.e facilitateur/trice est en général très utile pour aider le groupe durant tout le processus de prise de décision. Les détails varient d’un modèle à un autre,

Mais voici ci-dessous un scénario type concernant une décision importante qui affectera de nombreuses personnes :

  1. Quelqu’un (en général celui qui porte la décision) fait une proposition concrète à l’assemblée (en général cette décision a été prise lors d’une session libre, à laquelle de nombreuses personnes étaient conviées)
  2. On procède au premier tour du vote en utilisant les signes pour donner son avis.
  3. Si tout le monde a les pouces en l’air, alors c’est bon, la décision est prise ! Certain.es peuvent rester neutres, car ils ne seront pas affectés par la décision. C’est parfait.
  4. Si de nombreuses personnes ne sont pas d’accord avec ce qui a été dit, alors la décision est généralement repoussée à plus tard. Le « porteur de décision » doit plus travailler désormais en amont de la prise de décision.
  5. Autrement, si ce ne sont que quelques pouces vers le bas, toutes ces personnes sont écoutées. Si nécessaire, la proposition est ajustée en fonction de l’information ou des questions qui ont été soulevées par ces personnes.
  6. Toute personne bloquant la décision (bras en croix) doit être écoutée pour voir si cela peut être résolu tout de suite. En bloquant, la personne doit proposer une alternative, une autre solution qui peut être de rester sur la situation actuelle (mais au risque de voir ceux pour la nouvelle solution bloquer le fait de rester dans la situation actuelle). Il est parfois très difficile de résoudre le blocage dans des grands cercles en peu de temps. Dans ce cas, la discussion peut être ajournée et avoir lieu dans un petit cercle avec la personne qui bloque, ou bien on peut retourner dans la commission en charge de cette question. Dans ce cas :
    1. La proposition est alors discutée dans des cercles plus restreints, si possible avec ceux qui portent le blocage
    2. La proposition est mise à jour et mise de nouveau en discussion pour aboutir à une décision.
  7. Si une décision fait blocage au bout de plusieurs rencontres et que l’exploration autour de la décision n’a pas permis à tout le monde de sortir du blocage, il peut être décidé de passer à un vote à majorité (par exemple vote à majorité à 70%)

Les grandes décisions requièrent parfois plusieurs itérations, mais en général ça vaut le coup. Non seulement en sort une meilleure décision mais en plus on devient plus fort en incluant tout le monde.

Rendre visibles les règles de fonctionnement

Indentifier et gérer les conflits

Penser la neutralité

Un commun ne peut être approprié par un groupe fermé qui limite l’entrée à de nouveaux entrants. Produit par la communauté, il est au service de la communauté prise dans son ensemble, et non d’un acteur en particulier. Dans cette perspective, ses contributeurs / utilisateurs se doivent de respecter une certaine neutralité. Il serait dommageable qu’un acteur de la communauté se l’approprie ou l’utilise à des fins personnelles. Un comportement de ce type pourrait cristalliser des tensions au sein de la communauté et la mettre ainsi en danger.

Ce ne serait par ailleurs pas intéressant en terme de communication. L’avantage des espaces neutres est que l’on peut facilement les investir, là où des espaces davantage marqués peuvent engendrer des réactions de type : “Je ne veux pas y aller parce que, même si c’est intéressant, c’est porté par X ou Y ou Z.” (rédigé par openchateau http://www.openchateau.io/2015/06/16/code-social/ )

Ressources / Notes / sources d’inspiration sur le sujet